vendredi 17 juillet 2015

LES BERGES A CONTRE-SENS

La politique hostile à l’automobile conduite par la Mairie de Paris et le peu d’alternatives proposées ne compensent en rien cette lutte qui trouve son paroxysme dans la fermeture annoncée des voies sur berges à la circulation automobile. Au travers de cette mesure, c’est un véritable chemin à contre-sens qu'emprunte la municipalité.

Un contre-sens économique
Originellement créée afin de fluidifier les déplacements dans Paris intra-muros au moyen d’une voie rapide, la création des voies sur berges décidée en 1966 représente un investissement lourd mais rapidement justifié par des résultats probants en termes de circulation urbaine. Revenir sur leur vocation première s’apparente aujourd’hui à un déni de l’évidence de leur justification et donc à une forme d’acceptation de la « dérentabilisation » de leur existence.

Un contre-sens écologique
L’argument environnemental trop souvent utilisé à l’encontre de l’automobiliste taxé de « pollueur » ne trouve quant à lui pas plus de résonance dans ce projet. En effet, en faisant le choix de réduire les axes de la circulation, ce sont 40 000 véhicules supplémentaires par jour qui seront contraints d’engluer les boulevards générant indubitablement une hausse des émissions de carbone. L'agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie estime ainsi « qu’en termes de consommation d’énergie et de pollution, les embouteillages constituent la situation la plus pénalisante : la consommation d’un véhicule peut quasiment doubler et atteindre près de 16 litres aux 100 km, pour un véhicule de gamme moyenne. Le volume de polluants rejetés atteint alors des seuils préoccupants ».

Un contre-sens social
Augmenter les temps de parcours aux automobiles signifie en parallèle l’acceptation du renforcement d’un clivage entre habitants de Paris intra-muros et ceux des zones urbaines limitrophes plus accessibles financièrement en termes de logement. Ainsi les nouveaux aménagements des voies sur berges prévoient ostensiblement des temps de parcours officiellement accrus d’environ 20%, soit autant de temps libre inutilement perdu.

Un contre sens touristique
« Paris Plage » ne dure qu’un temps. Et si l’annonce estivale de la fermeture imminente des voies sur berges ne trouve encore de matérialisation in situ, l’image idyllique de berges touristiques et animées relève de l’utopie sur la majorité des périodes de l’année. Bien au contraire, cette vision d’une capitale dénuée de véhicules compensée par un afflux de piétons dynamisant les berges risque fort se concrétiser en effet par un Paris-saturé sur boulevards encombrés. Quant à « Paris Plage », il risque fort de laisser place à « Paris Désert » le reste de l’année.

Un contre sens sécuritaire
Pour qu’un axe soit emprunté par les piétons, il ne s’agit pas d’y interdire simplement les véhicules. Si la fermeture totale des quais de la rive gauche à la circulation des véhicules a pour objectif affiché d’accorder plus de liberté aux piétons la journée, la nuit, elle laissera la place à un autre sentiment, l’insécurité. A ces heures où la vie piétonne est fortement réduite, l’absence de trafic automobile ne fera en effet que renforcer l’isolement des piétons et leur vulnérabilité aux actes éventuels de délinquance urbaine.

Un contre sens de mobilité urbaine
Face à un constat de réseaux de transports en commun « hyper-saturés » matérialisé par la création récente de la ligne de métro 14 venant dédoubler un tronçon de la ligne de métro 1 et du RER A qui ne désemplissent pas. Il est tout à fait utopique de croire en la réduction du nombre d’automobilistes. Prendre son propre véhicule résulte d’un choix personnel de mobilité et de liberté de déplacements. Interdire les véhicules sur les voies sur berges, c’est faire le choix de sacrifier l’« auto-mobilité » au profit de l’« anti-mobilité » et ajouter la contrainte à la liberté de se déplacer.

Un contre-sens tout simplement
A l’heure où le projet « Grand Paris » ne souffre plus de contestation, la fermeture à la circulation des voies sur berges entre pourtant en contradiction formelle avec cette volonté politique. Faire le choix du Grand Paris. 

Considérer l’agglomération limitrophe comme une entité à part entière solidaire d’un pôle économique et culturel commun en bloquant la circulation sur les axes de la capitale n'a aucun sens. Nous allons pourtant être les spectateurs d’un engorgement en masse des communes limitrophes dont les équipements, qu’ils soient de stationnement ou routiers, ne permettent pas de compenser ce flux. 

Cela sera toujours les gens de la banlieue qui paieront le plus lourd tribu à des politiques d'urbanisme sans aucune réflexion

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